Sarim Fassi-Firhi: "15 ans, c’est l’âge de la maturité"
Mars. 2016 \\ Par Jérôme Lamy

ANcien producteur international reconnu et respecté, Sarim Fassi-Firhi a succédé à Noureddine Saïl, aux commandes du Centre cinématographique marocain. C’est avec cette nouvelle casquette qu’il a participé à la 15e édition d’un FIFM dont il loue la vraie maturité et la belle notoriété.

Clin d’œil.- Le FIFM souffle sa quinzième bougie. Que vous inspire cette date anniversaire? Et comment jugez-vous son évolution?

Sarim Fassi-Fihri.- J’ai eu l'honneur de faire partie du comité d'organisation du Festival lors des deux premières éditions. J'ai également été membre du jury en 2004, et membre du Conseil d'Administration de la Fondation du Festival jusqu'en 2008.  Comme festivalier, j'ai assisté à toutes les éditions. Aujourd’hui,  je participe à sa direction et je réalise le chemin parcouru. Le Festival a atteint  une vraie maturité en peu de temps, 15 années dans la vie d’un tel événement, ce n'est rien lorsque l'on pense au nombre d'années nécessaires pour "installer" une notoriété et roder une organisation.

 

Le FIFM n’a rien à envier aux plus grands festivals...

Sous la houlette et les directives de Son Altesse Royale le Prince Moulay Rachid, il y a  toujours  une volonté ferme d’améliorer d’année en année nos modes de fonctionnement. Aujourd'hui, le Festival a une véritable notoriété qui attire les plus grands cinéastes et une logistique qui n'a absolument rien à envier aux plus "grands" festivals. Il y a aussi une fierté de voir nos jeunes marocains occuper des postes de responsabilité dans son organisation avec un vrai savoir-faire, de voir aussi un public qui s’est approprié ce festival et qui y participe massivement en venant assister aux projections. C’est une évolution remarquable, car ce n’est pas aussi simple d’arriver à ce degré de qualité en peu de temps. Je suis aussi heureux de constater que l’on reste au sein du festival toujours exigeant et très regardant sur nos insuffisances.

 

En quinze ans, la ville de Marrakech s’est également beaucoup transformée. Aviez-vous parié sur un développement économique?

Marrakech est aujourd'hui une destination mondiale, il suffit de voir tous les évènements planétaires qu'elle abrite. Son infrastructure d'accueil a su évoluer au point que ces dernières années les établissements touristiques de la ville sont présents sur les podiums de classements touristiques dans le monde. Le Festival de Marrakech y a certainement contribué. 

 

Quelle place occupe le FIFM dans le concert des grands festivals cinématographiques mondiaux comme Berlin ou Venise ?

Le Festival de Marrakech ne peut être comparé ni à Cannes, ni à Berlin, ou Venise. Compare-t-on Cannes à Berlin ou Berlin à Venise? Le Festival de Marrakech a ses spécificités: il se déroule sur une terre de cinéma, qui a accueilli les plus grands films et les plus grands cinéastes de l'histoire du cinéma et c'est le seul festival de cinéma dans un pays du Sud qui a cette capacité d’attirer les plus grands noms du cinéma mondial. A la qualité de sa programmation artistique, s'ajoute sa grande ouverture sur les autres cultures et sur l’échange. Je vous rappelle que cela se passe dans un pays africain, arabe et musulman.

Quelle place occupe le Centre Cinématographique Marocain dans l’organisation du FIFM?

Le CCM apporte son expertise du cinéma marocain au comité de direction et à l'organisation du Festival. Et il participe également, depuis 2009, aux campagnes cataractes organisées par la Fondation du Festival en organisant des projections de films, grâce à ses caravanes cinématographiques, dans les villes où ces actions sont menées; cette année Berkane et Khenifra en ont bénéficié au profit de plus de 700 patients démunis. Nous faisons en sorte que cette action humanitaire qu'est la  chirurgie de la cataracte soit également un moment culturel important en favorisant l’accès au cinéma pour tous, en particulier dans ces zones et régions qui sont dépourvues de salles de cinéma et de foyers de culture en général. Le CCM et la Fondation ont également organisé cette année une résidence d'écriture qui s'est déroulée en juin à Ifrane; 14 scénaristes et réalisateurs marocains en ont bénéficié.

 

Est-ce que l’essor du FIFM a servi la cause du cinéma marocain, au niveau de ses infrastructures?

Le Festival ne va pas développer à lui seul l’industrie de cinéma, ce n’est pas sa vocation naturelle, puisque cela relève des instances gouvernementales, du ministère de la communication, et côté institutionnel, du CCM. Mais le Maroc a besoin d’un tel évènement pour promouvoir son cinéma à l’intérieur comme à l’extérieur. Nos films marocains sont bien placés dans la programmation en compétition et hors compétition. Ils sont vus par les invités étrangers du Festival. L'an dernier, le Japon était le pays hommagé et plusieurs membres de la délégation japonaise m'ont demandé des DVD de films marocains. L’échange et la découverte des cinématographies des autres pays constituent également un moment fort pour nos professionnels. Nous organisons depuis 2 ans des visites des studios de Ouarzazate aux invités professionnels internationaux. Le niveau atteint par notre cinéma est aussi la conséquence des tournages étrangers au Maroc et du transfert de know-how qui en résulte.

Comment se porte le cinéma marocain et son financement ?

Le cinéma marocain vit une situation paradoxale. Alors que la production de films continue de se développer, les salles de cinéma ferment les unes après les autres et la fréquentation des salles se réduit d'année en année. Le public est demandeur de films marocains; quatre des cinq premiers films du box-office sont marocains face à des blockbusters tels que "Fast & Furious 7" ou "Avengers". A l'international, le CCM a organisé, en 2015, des semaines du film marocain à Barcelone, Bogota, Abidjan et Amman. A chaque fois l'intérêt du public était réel et les salles étaient pleines. Nos films sont primés à l'international même s'ils ne sont pas encore en compétition officielle à Cannes ou à Venise. L'orchestre des aveugles en compétition à Marrakech l'an dernier vient de gagner le Tanit d'Or à Carthage et le prix du meilleur réalisateur à Bruxelles. En ce qui concerne le financement, l'Etat consacre annuellement 107 millions de Dirhams au soutien au cinéma: 75 pour la production, 25 aux festivals et 7 pour les salles de cinéma.

 

Organiser un festival international de cinéma, à Marrakech, n’est pas anodin. On imagine que vous êtes habités par un souci permanent de vous rapprocher de la population locale...

En plus de la place Jamaa El Fna où des projections sont organisées, les caravanes cinématographiques du CCM sont mises à contribution afin d'assurer des projections dans la périphérie de Marrakech. Quant à la salle du Colisée, elle, propose au public les films de la compétition. Les étudiants et les membres d'associations bénéficient de badges au même titre que les festivaliers pour assister aux projections au palais des congrés.