O Chateau: A boire et à voler.
Avril. 2010 \\ Par Cedrik Verdure

Vueling et ô Château ont organisé un vol un peu dingue, une dégustation de vins catalans à 36 000 pieds d’altitude. CLIN D’OEIL est fier d’en avoir été et surtout d’en être revenu. Une histoire de château ambulant en trois vins. Uno, dos, tres !

Vueling est un peu le spécialiste des vols, on se lâche, on est quand même en train de voler à Mac 0,82, pour se rendre à Barcelone ou Ibiza ou ailleurs, ce qui d’emblée, pour la plupart des passagers, est déjà en soit relaxant. Alors en plus, d’être doucement mis dans l’ambiance insulaire par le DJ David Guetta live, une pièce de théâtre, une dédicace de livre et maintenant une dégustation de vin, oui, c’est sûr, chez Vueling ils sont loco et Clin d’Orgueil adore !
Tout se passe plutôt bien en ce jour comme les autres à Orly, des militaires FAMAS chargés marchent comme des vaches indiennes dans une gare de Delhi, des nuées d’hôtesses magnifiques déguisées en fantasme de nos jeunesses folles défilent dans l’ignorance des regards las et deux sommeliers Olivier Magny et Lionel Médoc - ça ne s’invente pas ! -, sortis de nulle part - de la rue de l’Arbre-Sec plus précisément où ô Château a élu domicile et cave -, tabliers et badges en forme de grappe débarquent d’on ne sait où, dans le doute on les suit.
Nicolas Paradis, biterrois, sosie de Patrick Bruel à ses heures perdues, le MBA de l’ESSEC d’ô Château, est comme tout le monde impatient d’assister à sa propre dégustation. « J’ai tenté de contacter le Guinness Book des Records, mais ils n’ont pas homologué le vol ». Décidément, entre la France et l’Irlande, dès qu’il s’agit d’officiel, quelque chose coince. Ça ne gâchera pas le plaisir. D’ailleurs, pour la petite histoire «off» de ce voyage, on a ensuite perdu l’équipe d’ô Château à Barcelone, parce qu’on ne vit qu’une fois. Le lendemain, ils étaient de retour à Paris pour conjuguer gourmandise et plaisir dès 11h, bravo.
Olivier, fondateur d’ô Château, mène donc sa flotte avec son Biterrois (Nicolas Paradis) et son couteau (Lionel Médoc) de sommelier réunionnais à 10.000 mètres d’altitude. Là-haut, c’est la loi de la nature, et de la dépressurisation, ça ne triche pas. « Un verre est ici, l’équivalent de trois verres », lâche-t-il sur son micro cabine qui d’habitude vous apprend à mettre un gilet de sauvetage et à adopter la position du fœtus.
Bodega Martin Codax 2008, premier des vins Catalans. Sauf qu’il n’est pas de Catalogne mais de Galice, ce qui semble agacer notre voisin, quand les 150 passagers suivent les conseils du nouveau «y’a-t-il un pilote» de cet avion, « voir, sentir, déguster ce vin apéritif ». Aussitôt dit, aussitôt fait. Deuxième vin, on revient près de Barcelone, on entend « sans insecticide », on survole Perpignan.
Parce qu’ils sont déconneurs chez ô Château, on propose un quiz traduit en espagnol. Attention test, pour info on attaque l’équivalent du cinquième verre et demi : dans quel pays 45 % des femmes ne boivent jamais de vin ?, réponse la France. Ça ne doit pas être valable pour le quartier, on vérifiera auprès des cavistes. Autre question, on est à 6 verres un quart, quel pays a la plus grande surface cultivée de vin ? : l’Espagne.
En un mot, on rigole. Alors qu’on se met à parler Languedoc, le voisin se met à dire que le Languedoc avant c’était la Catalogne, on ne doit pas boire les mêmes nectars. Olivier confiera en « off » que « le vignoble, c’est tout de même assoiffer la vigne pour l’obliger à aller chercher plus loin dans le sol. »
On compense donc, en lui rendant sa pourriture noble, avec le troisième vin. Uno, dos, tres, et pop le bouchon du Cellar Capçanes 2008 saute. Olivier, le conseille sur un bœuf ou un canard, il parle de partage et de tendresse, cet homme est un Bacchus né. Avec Nicolas Paradis et Lionel Médoc, Olivier «Bacchus » Magny, ô Château ce n’est plus une société, c’est une triade de héros antiques descendus sur terre pour faire goûter le nectar volé aux dieux. On est à neuf verres, il est temps que ce vol se termine. Une journaliste TV confie qu’elle est incapable de faire la moindre interview.
Le critique d’un célèbre guide culinaire questionne une attachée de presse sur l’androgynie, vraiment, faîtes évacuer cet avion, vite ! Nicolas Paradis se lâche et dit qu’Olivier a «les rêves d’un enfant de 5 ans. » Ce qui est un compliment, puisque lorsqu’il devise vin, on a l’impression d’entendre le petit prince parler de Mouton-Rotschild.
Retour à Paris, pas n’importe où, dans les caves d’ô Château, situé 52, rue de l’Arbre Sec, dans le 1er arrondissment, modestement reprises du dernier proprio, Louis XV. On ne se refuse rien. À défaut d’être des dieux, la fine équipe propose à ses 25.000 clients étrangers par an de se prendre pour des princes et des courtisanes et vice-versa. Belle lumière qui rend chaque dégustateur unique, humour intellectuel du sommelier, qui commente avec modestie et audace des bouteilles de bonne facture.
On se moque un peu des sommeliers qui reconnaissent  « des épices du nord de l’Inde», et puis quoi encore. Ils sont tellement loco chez ô Château, qu’on prend même le risque d’étouffer un client anglais, en lui apprenant la rétro olfaction, mais comme on dit chez la Reine, « No guts, no glory ! »

 

INFOS PRATIQUES.-
Ô Château, Les Caves du Paradis,
52, rue de l’Arbre-Sec. 75001 Paris
0 800 801 148
www.o-chateau.fr

4 livres sur le vin qui ne vous racontent pas d’histoires.-
Le Goût et le Pouvoir, Jonathan Nossiter, Grasset, 2007 - Les Vins de Laure, Laure Gasparotto, Grasset, 2009 - Guerre et Paix dans le vignoble : Les secrets de douze grandes dynasties du vin, Jean-Pierre La Rocque, Corinne Tissier, Solar, 2009 - Guide Parker des vins de France, 7e édition, Robert Parker, Solar, 2009.